Contexte
Chaque ergothérapeute devra probablement faire face au risque de transgression des limites professionnelles avec un client à un moment donné de sa carrière.
Il y a transgression des limites lorsque l’ergothérapeute adopte un comportement ou permet à un client de se conduire d’une façon qui compromet les relations de l’ergothérapeute avec son client. Les possibilités de transgression des limites professionnelles sont directement reliées au déséquilibre de pouvoir et à la position de vulnérabilité du client dans la relation thérapeutique parce que le client se fie aux connaissances et à l’expérience du thérapeute ainsi qu’à son jugement.
Une violation des limites se produit lorsque la nature de la relation thérapeutique entre l’ergothérapeute et le client n’est plus seulement professionnelle mais également personnelle. Il faut bien comprendre qu’il peut y avoir une transgression des limites sans violation de ces limites.
Une transgression des limites peut être minime au début mais si elle n’est pas bien gérée, elle peut affecter la capacité de l’ergothérapeute de fournir des services sécuritaires et éthiques, et mener à une violation des limites.
- Savanna est une ergothérapeute travaillant dans un programme ambulatoire de thérapie de la main. Elle traite un client (Dale) qui s’est blessé la main dans un accident de travail. Dale a fait d’excellents progrès au cours de sa thérapie et a donné une carte de remerciement à Savanna pour exprimer sa reconnaissance. Il a signé sa carte à la main pour démontrer la fonction améliorée de sa main. Savanna a accepté la carte, croyant que ceci était très gentil. Une semaine plus tard, Dale lui envoie un gros bouquet de fleurs à la clinique.
- Kramer est un ergothérapeute fournissant un soutien virtuel à Jordan qui est affecté du trouble de déficit de l’attention avec/sans hyperactivité (TDAH) et a de la difficulté à suivre ses cours à l’université. Kramer se sert généralement de textos uniquement pour planifier les rendez-vous avec ses clients. Toutefois, pendant une période d’examen stressante pour Jordan, Kramer a commencé à lui envoyer par texto des stratégies et des messages pour le rassurer, pensant qu’il comblait les besoins de Jordan. Il voulait réagir en temps opportun, répondant aux textos de Jordan aussitôt qu’il les recevait, même si c’était en soirée ou la fin de semaine. Kramer devient de plus en plus impliqué dans le cas de son client et commence à partager des conseils personnels et à accorder la priorité aux rendez-vous de Jordan.
Considérations
Lorsqu’ils gèrent leurs limites professionnelles, les ergothérapeutes doivent :
- suivre les Normes sur les limites professionnelles et la prévention des mauvais traitements d’ordre sexuel, 2023 et maintenir des limites professionnelles avec leurs clients en tout temps;
- comprendre le déséquilibre de pouvoir qui existe dans une relation thérapeutique et reconnaître une relation qui change;
- être conscients de circonstances dans leur vie qui peuvent contribuer à un manque de jugement professionnel, y compris des actions qui tirent avantage du déséquilibre de pouvoir avec un client;
- Par exemple, un ergothérapeute qui fait face à une rupture conjugale pourrait être plus susceptible de transgresser des limites, comme un échange d’information personnelle et de compliments.
- être conscients que la transgression de limites peut être subtile et mener à une violation de ces limites;
- savoir que la responsabilité de maintenir des limites professionnelles revient toujours à l’ergothérapeute, même si c’est le client qui transgresse en premier et même si le client indique qu’il aimerait établir une relation personnelle.
Lorsqu’ils gèrent leurs limites professionnelles, les ergothérapeutes doivent :
- prévenir les mauvais traitements d’ordre sexuel, qui sont définis dans le Code des professions de la santé, c’est-à-dire l’Annexe 2 de la Loi de 1991 sur les professions de la santé réglementées (LPSR) (https://www.ontario.ca/lois/loi/91r18) comme :
- les rapports sexuels ou autres formes de rapports physiques d’ordre sexuel entre le membre et le patient;
- les attouchements d’ordre sexuel du patient par le membre;
- les comportements ou les remarques d’ordre sexuel du membre à l’endroit du patient.
« d’ordre sexuel » Ne s’entend pas de palpations, de comportements ou de remarques de nature clinique qui sont appropriés au service fourni. provided.
Questions portant à réflexion
Les ergothérapeutes devraient se poser les questions suivantes :
- Est-ce que je donne ou accepte des cadeaux/faveurs de mes clients?
- Est-ce que je partage de l’information personnelle avec mes clients? Ceci peut comprendre le partage d’aspects personnels de votre vie lors de séances virtuelles ou sur les médias sociaux.
- Est-ce que je joue un rôle double, comme être l’ergothérapeute et l’ami d’un client?
- Est-ce que j’utilise des modes de communication qui peuvent sembler moins formels et qui pourraient être mal interprétés, comme les textos?
- Est-ce que je me comporte ou communique avec des clients d’une manière qui pourrait les confondre concernant mon rôle professionnel d’ergothérapeute?
- Est-ce que je touche ou communique avec des clients d’une façon qui pourrait être confondue comme étant de nature sexuelle?
- Est-ce que je m’explique clairement dans le cadre du processus d’obtention du consentement quand je dois toucher un client pour des raisons cliniques?
- Est-ce que je passe de plus en plus de temps à penser à un client en particulier?
- Est-ce que j’accorde des préférences à un certain client ou fais plus que ce qui est nécessaire pour lui?
- Est-ce que je fais plus attention à mon apparence si je sais que je verrai un client particulier?
- Est-ce que je songe à me lancer en affaires avec un client ou quelqu’un qui s’occupe d’un client?
- Est-ce que j’abandonne parfois les procédures établies de la pratique?
- Par exemple, travailler avec des clients ou répondre à leurs messages en dehors des séances cliniques ou des heures de travail établies.
- Y a-t-il des facteurs de stress dans ma vie qui pourraient affecter ma capacité de fournir des services?
- Par exemple, un divorce ou une rupture conjugale, le décès d’un membre de la famille, une maladie, un épuisement professionnel, un sentiment d’isolement ou de solitude, etc.
- Comment mes actions seraient-elles perçues par mon employeur ou mes collègues?
Discussion
Que devriez-vous faire si vous croyez qu’il y a un risque que vous transgressiez vos limites professionnelles?
- Prenez des mesures sans tarder pour rétablir et maintenir des limites en expliquant clairement votre rôle et vos obligations. Demeurez neutre et professionnel en mettant la priorité sur les intérêts du client. Voici des exemples :
- Refuser gracieusement un cadeau
- S’excuser d’avoir partagé de l’information personnelle
- Cesser toute activité qui sort de votre rôle d’ergothérapeute et des pratiques typiques de votre lieu de travail
- Expliquer clairement à quoi les clients peuvent s’attendre à l’avenir dans votre pratique
- Déterminer si les limites peuvent être rétablies et si votre objectivité professionnelle peut être maintenue pour la prestation de soins
- Mettre en œuvre des heures de travail et fournir de l’information sur les services et ressources disponibles en dehors de ces heures
- Établir le plan de renvoi tôt dans la thérapie et le communiquer régulièrement au client
- S’il n’est pas possible de maintenir une objectivité professionnelle, il faudrait cesser de fourni des soins au client et le transférer à un autre ergothérapeute ou fournisseur de soins de santé.
- Documentez la situation dans le dossier clinique du client.
- Si des sentiments personnels sont présents entre l’ergothérapeute et le client, il faudrait cesser immédiatement de fourni des soins au client et le transférer à un autre ergothérapeute ou fournisseur de soins de santé. Évitez tout contact ultérieur avec le client car le déséquilibre de pouvoir existe toujours, même après la cessation des services.
- Demandez-vous s’il y a des facteurs personnels qui influent sur votre capacité de maintenir des limites claires – par exemple, un stress causé par une relation, un trouble de santé physique ou mentale, une fatigue de compassion, etc. Obtenez un soutien pour votre propre bien-être.
- Discutez de la situation avec un collègue ou un conseiller fiable. Assurez-vous de maintenir la confidentialité du client et obtenez de l’aide pour assurer une pratique sécuritaire.
Résultat
Savanna (ergothérapeute)
BEn donnant un bouquet de fleurs dispendieux, le client a transgressé des limites. Ce type de cadeau personnel peut être un signe que le client perçoit la relation comme n’étant pas seulement professionnelle et qu’il s’attend peut-être à un traitement spécial ou à une conduite réciproque de l’ergothérapeute. La relation thérapeutique peut être compromise si l’ergothérapeute ne met pas fin à cette situation et ne rétablit pas des limites professionnelles.
Consultez les Normes sur la prévention et la gestion des conflits d’intérêts, 2023 :
3.1 Savoir que l’échange inapproprié de cadeaux, d’argent, de services ou d’hospitalité peut exploiter les relations avec les clients et représente une violation des limites
Savanna rétablit les limites en expliquant au client qu’il n’est pas approprié de faire ce type de cadeaux au personnel de la clinique. Elle lui rappelle son rôle d’ergothérapeute, la raison d’être du service d’ergothérapie et son obligation d’accorder la priorité aux besoins de santé de ses clients. Savanna se demande si elle aurait pu communiquer son rôle plus clairement lorsque le client lui a remis sa carte de remerciement. Pour l’aider à gérer ce type de problème à l’avenir, Savanna discute avec son employeur de la possibilité d’élaborer une politique concernant l’acceptation de cadeaux par le personnel de la clinique.
Si Savanna n’avait pas rétabli les limites, la situation aurait pu entraîner la formation d’une relation personnelle, ce qui constitue une violation des limites professionnelles. La responsabilité d’atténuer toute transgression des limites revient toujours à l’ergothérapeute, même si le client indique qu’il aimerait établir une relation personnelle. L’ergothérapeute a la responsabilité de maintenir les limites, qu’il s’agisse d’un client actuel ou d’un ancien client. La LPSR stipule qu’un client demeure un client pendant un an après la cessation des services, quel que soit le contexte de la pratique.
Consultez les Normes sur les limites professionnelles et la prévention des mauvais traitements d’ordre sexuel, 2023 :
1.5 Ne jamais former une relation intime, personnelle ou amoureuse avec d’anciens clients qui étaient particulièrement vulnérables, quel que soit le temps écoulé depuis la fin de la relation client-thérapeute
4.5 Ne jamais former une relation intime, personnelle ou amoureuse avec d’anciens clients (ou des membres de leur famille ou leurs aidants), sauf si :
- au moins un an s’est écoulé depuis que les services thérapeutiques ont cessé d’être fournis ou depuis le congé du client par l’ergothérapeute, et
- l’ergothérapeute peut démontrer que tout déséquilibre de pouvoir antérieur n’existe plus, et
- la personne impliquée n’est pas dépendante de l’ergothérapeute, et
- une relation client-thérapeute ne se reformera jamais
La LPSR précise les pénalités imposées aux professionnels de la santé, y compris les ergothérapeutes, qui sont reconnus coupables de mauvais traitements d’ordre sexuel infligés à un client. Ceci comprend, entre autres, la perte de leur certificat d’inscription de l’Ordre. Vous trouverez plus de détails dans l’annexe des Normes.
Kramer (ergothérapeute)
Après avoir discuté de ce client avec un collègue, Kramer réalise qu’il a transgressé des limites professionnelles. Il réfléchit à sa réaction émotionnelle et reconnaît qu’il était en train de développer une relation personnelle avec le client. Le fait de fournir un traitement préférentiel en dehors des heures de travail et de communiquer de l’information personnelle par texto peut confondre le client au sujet du rôle de Kramer en tant qu’ergothérapeute.
Kramer s’excuse auprès du client et essaie de rétablir les limites en expliquant clairement son rôle et ses responsabilités, et en établissant des limites concernant les communications. En réfléchissant un peu plus, Kramer ne croit pas qu’il peut maintenir son objectivité à l’avenir et décide qu’il serait dans les meilleurs intérêts du client de le transférer à un autre ergothérapeute.
Consultez les Normes sur les limites professionnelles et la prévention des mauvais traitements d’ordre sexuel, 2023 :
2.3 Maintenir son professionnalisme en limitant le partage de renseignements personnels ou privés et en réfléchissant à l’interprétation de ce qui est communiqué
2.4 Éviter de créer des situations où une dépendance se forme entre le client et l’ergothérapeute
3.5 Être conscient de tout sentiment qui se développe à l’égard d’un client qui pourrait entraîner une violation des limites (par exemple le désir de former des liens intimes ou l’intériorisation du deuil d’un client)
Conclusion
Une transgression des limites peut être introduite par un client ou un ergothérapeute et entraîner des conséquences imprévues. Si cette transgression n’est pas reconnue et traitée, elle peut facilement se transformer en une violation des limites.
Les ergothérapeutes occupent une position de confiance et de pouvoir dans la relation thérapeutique et ont la responsabilité de toujours maintenir des limites professionnelles avec leurs clients. Une pratique réflexive continue et une vigilance permanente pour déceler tout signe précurseur sont essentielles pour prévenir ou gérer efficacement des transgressions de limites.
Pour plus d’information
Pour toute question sur ce cas ou pour suggérer des sujets pour des cas futurs, communiquez avec le Service de ressources sur l’exercice de la profession au 1 800 890-6570/416 214-1177, poste 240, ou practice@coto.org.
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